Le pardon :

Voulez-vous être heureux un instant ? Vengez-vous.

Voulez-vous être heureux toujours ? Pardonnez.

(Henri Lacordaire)

PERPETUER EN SOI MEME ET DANS LES AUTRES LE MAL SUBI

Quand on est atteint dans son intégrité on devient enclin à imiter son offenseur comme si on avait été contaminé par un virus contagieux.

ex : – « parfois j’ai l’impression qu’elle me fait payer les bêtises que son ex-mari lui a fait subir »

       – des nations qui imitent ce qu’elles ont subi par leur agresseur au temps de l’oppression

       – enfants adoptent des comportements analogues à ceux de leur parents dans les situations de stress

Imitation de son bourreau (identification du soi à son bourreau) = mécanisme de défense et réflexe de survie

VIVRE DANS UN RESSENTIMENTS CONSTANT

Vivre caché même inconsciemment demande beaucoup d’énergie et entretient un stress constant

La colère est une émotion saine en soi qui disparait une fois exprimée or le ressentiment et l’hostilité s’installent et demeurent comme attitude de défense et tiennent en éveil contre toute attaque réelle ou imaginaire.

ce stress constant provoque des maladies psychosomatique (problèmes psychologiques traduits en problèmes somatiques)

RESTER ACCROCHE AU PASSÉ

La personne qui n’arrive pas à pardonner n’arrive pas à vivre son présent, bloque son avenir et reste obstinément attachée à son passé. Le fait de ressasser le passé épuise, devient un poids et source d’ennuis.

SE VENGER

C’est la réponse la plus instinctive et spontanée à l’affront. Elle vise à rétablir une égalité fondée sur la souffrance infligée d’une manière réciproque. En vérité, offenseur et offensé s’engagent dans une escalade sans fin  où il devient de plus en plus difficile de juger de l’égalité des coups. Seul le pardon peut briser le cycle infernal de la vengeance et libérer les relations humaines. De plus la satisfaction que la vengeance procure est de courte durée.

DÉMASQUER LES FAUSSES CONCEPTIONS DU PARDON

Nous pardonnons trop peu et nous oublions trop. (Mme Swetchine)

Avant de songer au pardon, il est impérieux de nous débarrasser des fausses idées sur le pardon.

  • Pardonner n’est pas oublier: si pardonner était oublier comment feraient les gens doués d’excellente  mémoire?  Comment peut-on guérir les souvenirs qui ont détruit nos cœurs si on ne s’en rappelle plus? C’est la mémoire guérie qui se libère et peut s’investir dans autre chose que dans la pensée déprimante de l’offense.
  • Pardonner ne signifie pas nier : réaction de défense : se cuirasser contre la souffrance et l’émergence des émotions. il faut  à tout prix reconnaitre ses humiliations, ses hontes, ses blessures,  pour pouvoir les guérir correctement.
  • Pardonner exige plus qu’un acte de volonté : la volonté est appelée à y jouer un gd rôle mais il faut ttes les facultés  comme la sensibilité, le cœur, l’intelligence, le jgt, l’imagination, la foi…..pour un pardon accomplit.
  • Pardonner ne peut être commandé : ou bien le pardon est libre ou bien il n’existe pas. Le pardon ne doit pas perdre son caractère gratuit et spontané. c’est pourquoi la psychologie réfute l’obligation chrétienne de pardonner au profit du droit à bénéficier du pardon, ouvrant la liberté à pouvoir l’accorder : « Pardonne nous nos offenses afin que nous puissions pardonner à ceux qui nous ont offensés ».
  • Pardonner ne veut pas dire se retrouver comme avant l’offense : pardonner ne veut pas dire réconcilier (pour les personnes absentes, mortes ou inconnues la réconciliation est impossible alors que le pardon reste tout à fait possible). Dans les thérapies de deuil, c’est une pratique courante de demander à la personne endeuillée de pardonner à l’être cher disparu, de plus il est faux de penser qu’une fois le pardon accordé la relation ne pourra pas continuer comme s’il s’était rien passé.
  • Pardonner n’exige pas qu’on renonce à ses droits : Pardonner à des agresseurs sexuels, n’est-ce pas les encourager à récidiver? Ne pas confondre le pardon avec la justice.
    Le pardon qui ne combat pas l’injustice, loin d’être un signe de force et de courage, est la preuve de sa faiblesse et de sa fausse tolérance.
  • Pardonner à l’autre ne veut pas dire l’excuser : « je lui pardonne ce n’est pas de sa faute ».Pardonner ne veut pas dire l’excuser c’est à dire le décharger de toute responsabilité morale. La fausse excuse a souvent l’allure d’une manœuvre habile et camouflée qu’on utilise pour atténuer sa souffrance. Car penser que l’offenseur n ‘est pas responsable est moins pénible que penser qu’il a causé le tort en pleine connaissance et en toute liberté. L’excuse facile a deux tranchants; un soulagement mais aussi le mépris l’offenseur : «  tu n’es pas assez intelligente pour être responsable d’une telle faute ». Elle contribue d’avantage à humilier qu’à libérer.
  • Pardonner n’est pas une démonstration de supériorité morale : Celui qui pardonne tente de camoufler son humiliation et sa honte en supériorité de seigneur blessé mais plein de générosité et de miséricorde. La personne qui pardonne dévoile alors sa grandeur morale d’offensée tout en mettant en évidence la bassesse de l’offenseur. Le vrai pardon du cœur s’accomplit dans l’humilité. ex de la femme de l’alcoolique.

LES COMPOSANTES PRINCIPALES DU PARDON

Je ne veux pas ici décrire de façon exhaustive toutes les facettes du pardon qui est en somme très complexe, juste les grandes composantes.

° Le pardon débute par la décision de ne pas se venger : une décision dictée par la volonté de guérir et de grandir même si la pente de l’instinct nous attire dans cette « descente aux enfers ».

°Le pardon demande un retour sur soi pour se guérir: comme un coup dans la fourmilière, l’offense provoque trouble et panique. Grande est alors la tentation de se refuser à prendre conscience de sa faiblesse intérieure et à l’accepter. Plusieurs manœuvres de diversion : nier, fuir, essayer d’oublier, jouer à la victime, chercher le coupable, chercher punition digne de l’affront, s’accuser soi même jusqu’à la déprime, se bloquer ou jouer au héros intouchable et magnanime.

Étape difficile mais obligatoire dans le pardon : un regard lucide et vrai sur soi.

°Le pardon à la recherche d’une nouvelle vision des rapports humains et création d’un ordre nouveau : Le pardon est l’invitation à l’imagination : c’est une innovation versus la logique répétitive et inévitable de la pulsion vengeresse. Délivré de ses liens douloureux du passé celui qui pardonne peut se permettre de vivre pleinement le présent et prévoir pour l’avenir des rapports nouveaux avec tout son environnement. C’est savoir regarder avec des yeux neufs non seulement son offenseur, mais surtout le monde entier. Il s’agit de voir l’évènement malheureux dans un cadre plus large et non resté focalisé que sur la blessure et la douleur.

°Le pardon mise sur la valeur de l’offenseur: Derrière le monstre qu’on voit on découvrira un être fragile et faible comme soi-même, un être capable de changer et d’évoluer.

°Le pardon reflet de la miséricorde divine : Pour un psy béhavioriste, le pardon entre humains est commandé par la peur des représailles et de la destruction mutuelle. Sénèque : « pardonne à plus faible que toi par pitié pour lui; et à plus fort que toi par pitié pour  toi ».

° Le pardon : une forme d’amour portée à l’extrême : Continuer de croire en l’humanité malgré l’offense subie. « On pardonne tant que l’on aime » (Honoré de  Balsac)

ÉVALUATION DES OFFENSES

Offenses commises par des personnes aimées : en général plus dure à s’en sortir car ces personnes font parties de nous. La gravité de la blessure se mesure moins à la grandeur objective  de l’offense qu’à la grandeur des attentes. Les enfants idéalisent leurs parents et attendent d’eux un amour et une tolérance inconditionnels et illimités.

Offenses commises par des étrangers : L’offense qui vient d’un étranger doit donc être sérieuse pour que cela cause la perte de la paix intérieure. L’affront infligé par un étranger est d’autant plus traumatisant que l’on ne parvient pas à en percer le motif.

Les offenses perdues dans le passé: Exemple du travailleur qui a un gros problème avec sa chef de service car, à son adolescence, sa mère affirmait son autorité par la violence. Vingt ans plus tard, n’ayant pas pardonné, son ressentiment empêche toute qualité dans la relation de subordination à une femme.

Le pardon s’adresse à ses proches, aux étrangers, aux institutions, aux ennemis traditionnels et surtout à soi-même.

LES DOUZES ÉTAPES DU PARDON AUTHENTIQUE

1° Décider de ne pas se venger et d’arrêter les  gestes offensants

Exposition à la thérapie de la réalité :

-Vengeance braque ton attention et ton énergie au passé à présent n’a plus d’espace et avenir vide de projets intéressants.

  • Esprit de représailles avive ta blessure, t’empêche de jouir à la paix et du calme nécessaire à la guérison.
  • Pour te venger tu dois imiter ton offenseur, où est votre différence. Et tu vas rentrer dans un cercle vicieux de vengeance à tu te blesseras d’avantage et sortiras avili.
  • Vengeance et les gestes méchants étouffent toute créativité et entravent le developpement personnel
  • tu te sentiras coupable d’utiliser la souffrance d’un autre pour soulager ta propre humiliation
  • esprit de vindicte entraine à condamner sans pitié l’offenseur et tu seras hanté par l’idée que les autres te payent de la même monnaie
  • la riposte créera en toi un état constant de crainte et d’anxiété : tu appréhenderas sans cesse le jour où ton adversaire passera à la contre-attaque.
  • la vengeance nourrira en toi tous les sentiments générateurs de stress : ressentiment, hostilité, colère, haine…

Il faut aussi faire cesser les gestes offensants : ne pas rester les bras croisés alors que l’on vous attaque ! Il faut faire le nécessaire pour arrêter les offenses que l’on vous cause ! Sinon pas de pardon possible et ni de paix intérieure.

2° Reconnaitre sa blessure et sa pauvreté intérieure

Attention aux mécanismes de défenses qui vous cachent vos vrais sentiments!

Défense biologique avec des hormones soulageant la douleur

Défense psychologique ou résistance psychologique : paralysent les effets destructeurs des sensations trop fortes pour ménager l’organisme.

Les défenses psychologiques  pour se protéger des souffrances : le déni, l’oubli, les excuses, gommer le conflit d’un pardon rapide et superficiel

(Résistances émotives : culpabilité = conséquence d’avoir violé une loi ou principe moral ; honte= moi profond est mis à nu et exposé au grand jour. La honte fait découvrir combien on est vulnérable, impuissant, incompétent, inadéquat et dépendant).

Le défi majeur à relever durant la phase émotionnelle du pardon c’est justement de reconnaitre son sentiment profond de honte pour l’accepter, le relativiser, le digérer et l’intégrer .Une fois apprivoisé il deviendra plus simple d’accepter l’impuissance et les limites communes à tous les  êtres humains. Les masques qui camouflent la honte : colère, volonté de puissance, rigorisme moral (fausse grandeur morale), complexe de l’éternelle victime et perfectionnisme.

3° Partager sa blessure avec quelqu’un

Partager son intérieur blessé avec l’offenseur lui même (ou un tiers si cela est impossible).

4° Bien identifier sa perte pour en faire le deuil

Martn Saligman soutient que nous sommes plus blessés par sa propre interprétation que par l’événement lui-même. Bien identifier le degré de blessure causée par l’extérieur. Il faut aussi savoir guérir les blessures de l’enfance.

5° Accepter sa colère et son envie de se venger

« Il faut être psychothérapeute pour sa voir combien il y a d’agressivité refoulée sous le faux pardon. » (Paul Tournier)

Attention aux effets néfastes de la colère refoulée. Le refoulement malsain de l’agressivité cause des sentiments trafiqués. La colère se déplace et s’attaquent alors à des êtres innocents

ex: identification à son bourreau (l’homme qui bat son épouse). De plus la colère inavouée peut être la cause de maladies psychosomatiques.

Ne pas oublier les cotés bénéfiques de la colère  et la maîtriser au mieux pour la mettre à son service.

6° Se pardonner à soi-même

Prendre conscience de la haine de soi-même à On s’en veut énormément sous le coup d’une grande déception. En plus d’être humilié, on se sent submergé de  honte et de culpabilité.

L’origine de la mésestime de soi :

° Déception de ne pas avoir été à la hauteur de l’idéal rêvé

                ° Messages négatifs reçus des personnes signifiantes pour nous

                ° Attaque par des sentiments refoulés (venant nourrir le côté obscur de notre force).

Attention à l’identification à l’agresseur = moyen de survie qui a pour objectif d’échapper à l’état de victime en se substituant à l’offenseur lui-même.

L’acceptation de soi-même avec ses défauts et limites dans l’humilité de n’être jamais qu’humain.

7° Commencer à comprendre son offenseur

Comprendre l’offenseur ne veut pas dire l’excuser et moins encore le disculper. C’est porter un regard plus lucide sur lui pour saisir toutes les dimensions de sa personne et les motifs de sa faute.

Comprendre l’offenseur implique de cesser de le blâmer. Pour mieux comprendre le il faut connaître son histoire et chercher l’intention positive de l’offenseur. Qui sait, on y trouvera peut-être la valeur et la dignité de l’offenseur.

8° trouver le sens de sa blessure dans sa vie

C’est déceler les effets positifs possibles que l’offense aura produits dans ta vie.

La plupart du temps on porte sur les événements des jugements stéréotypés. On voit à travers les lentilles déformantes de nos attentes et de  nos préjugés personnels et culturels ou de l’opinion toute faite de notre milieu. Il faut essayer de trouver un sens plus profond aux événements et regarder dans un tableau plus large que des simples préjugés.

Il faut découvrir les acquis apportés par la perte et  le « connais-toi toi-même » .

9° Se savoir digne de pardon et déjà pardonné par les autres

« Seul celui qui a fait l’expérience du pardon peut vraiment pardonner » (G. Soares-Prabhu)

Avoir bénéficié du pardon est nécessaire pour pardonner. Il faut reconnaître l’immense désir de se savoir aimé et pardonné et avoir la conviction que nous sommes nous aussi digne de pardon.

Mais il y a quelques obstacles à se savoir aimé jusqu’au pardon:

  • il y a des personnes qui se croient impardonnables
  • il y a aussi ceux qui ne croient pas à la gratuité de l’amour et donc du pardon.
  • il y a ceux qui ne sentent nullement le besoin de pardon car ils ne ressentent aucune culpabilité individuelle et sociale.
  • Et il y a  enfin ceux qui considèrent le sentiment de culpabilité et le besoin de pardon comme un manque de maturité et d’autonomie.

10° Cesser de s’acharner à vouloir pardonner si cela ne marche pas

L’acharnement empêche la venue spontanée du pardon. Il faut éviter de réduire le pardon à une obligation morale. Il faut une conviction personnelle pour que le vrai pardon soit accomplit.

11° S’ouvrir à la grâce de pardonner

«  C’est au cœur du pardon que renaît la Création dans sa pureté première » (Philippe Le Touzé)

D’après l’auteur, même Dieu nous pardonne, pourquoi pas nous?

12° Décider de mettre fin à la relation ou la renouveler

Ne pas confondre pardon et réconciliation, on peut tout à fait pardonner et mettre fin à une relation.

On ne peut décider ni le retour de l’offenseur, ni le retour de l’offensé dans la réconciliation.

Pourquoi pardonner :

Un coup dure reçu, surtout s’il provient de la part de quelqu’un que l’on estime, fait imploser l’harmonie intérieure. Alors, des forces antagonistes se mettent en marche en vous et vous empêchent d’avancer. Seul, l’humble pardon que vous accorderez à l’autre et à vous-même vous permettra de rétablir cette harmonie.

Rq : il faut toujours parler de l’offense avec le verbe « avoir » et non pas le verbe « être » :

                  -« Vous avez reçu une insulte »

                  -« Vous avez perçu leurs regards de reproche »

                  -«  Vous avez du supporter la préférence de vos parents pour votre frère »

                  -«  Vous avez subi la mort de votre fils par overdose »

On ramène ainsi l’élément à l’extérieur du thérapé. (Rappel : les éléments sont neutres, seule compte notre interprétation).

Le défi majeur pour accéder au pardon est de reconnaitre son sentiment de honte et de l’accepter. La honte fait découvrir combien on est vulnérable, impuissant, incompétent, inadéquat et dépendant. Sentiment de culpabilité et peur d’être rejeté. Le honteux à la sensation que ses faiblesses sont exposées aux yeux de tous. Il se sent sous la menace du ridicule et du rejet.

Il faut se connecter avec son sentiment de honte, l’accepter et le relativiser. Alors seulement il sera supportable. En acceptant l’impuissance et les limites propres à notre condition humaine, on prend conscience qu’elles sont communes à tous.

Soyons vigilant, la honte se dissimule souvent sous des masques tels que

                  -La colère.

                  -La volonté de puissance.

                  -le rigorisme moral.

                  -Le complexe de l’éternelle victime.

                  -Le perfectionnisme